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Five people sit around an oval table in an office, with papers and a laptop, engaged in discussion. The photo is taken from above, showing an informal meeting setting with orange chairs and a concrete floor.

 Entre les tensions politiques et sociales croissantes, la persistance de l’inflation, la prépondérance de la technologie dans notre quotidien, les conflits armés qui s’enveniment, ou la situation écologique de plus en plus alarmante, notre époque est clairement marquée par des troubles susceptibles de bouleverser nos habitudes, nos certitudes, notre confort… notre vie, en résumé.

Bien évidemment, les transformations, qu’elles résultent de tendances ou de micro-événements, surviennent constamment et ont façonné l’histoire telle que nous la connaissons.  Mais, dans notre ère, nous avons rarement été cernés par tant de manifestations et de situations capables de fragiliser l’ordre des choses.

Si 2020 et 2021 ont été marqués par le sceau de la crise sanitaire, 2022 par une fragmentation géopolitique consécutive à la guerre en Ukraine, 2023 par la multiplication des scandales éthiques et sociaux, 2024 et 2025 par l’explosion et l’invasion de l’IA, qu’en est-il de 2026 ? Est-ce que cette année est réellement au carrefour de multiples menaces létales ? Quelles sont les solutions susceptibles d’y remédier ? Est-ce que la loi répond aux enjeux de manière pertinente, proportionnée et concrète ?

C’est ce que plusieurs experts réputés dans leur domaine ont tenté de répondre dans le tout premier Top 5 des Tendances Risques et Conformité en France, publié par NAVEX.

Nous vous en proposons un résumé dans cet article.

Qui sont les experts ?

Pierre Berlioz
Clara Ripault
Vera Hermes
Farah Zaoui
Sarah Jo Loveday

Risques en 2026 : d’un empilement de normes à un risque systémique

En 2026, le risque ne se présente plus sous la forme d’une menace isolée ou sectorielle. Il résulte d’un enchevêtrement de facteurs technologiques, réglementaires et organisationnels qui s’alimentent mutuellement. L’instabilité normative, l’intégration massive de l’intelligence artificielle et la transformation des modèles économiques créent un environnement où la conformité ne peut plus se réduire à la réactivité. Elle devient structurelle, anticipatrice et stratégique.

Pierre Berlioz, avocat associé et professeur de droit privé, pose le cadre d’emblée :
« Cette convergence des risques législatifs et des transformations technologiques crée un environnement instable. »

Cette instabilité n’est pas seulement juridique. Elle est organisationnelle. Elle est stratégique.

Clara Ripault, avocate spécialisée en digital et IA, confirme cette bascule normative :
« L’année 2026 est charnière pour la mise en conformité de l’intelligence artificielle. »

Mais au-delà du calendrier du 2 août 2026, c’est la logique même de la conformité qui évolue. Comme elle le souligne :
« Il faut inventer une nouvelle forme de mise en conformité qui hybride la conformité des produits et celle des données personnelles. »

Autrement dit : la conformité numérique n’est plus sectorielle. Elle devient transversale.

Et cette transversalité fait écho à l’analyse de Vera Hermes, journaliste experte en matière d’environnement, sur l’ESG :
« En 2026, la gestion durable devient un facteur de compétitivité tangible. »

Ce glissement est fondamental. Le numérique, la durabilité et la gouvernance ne sont plus des fonctions séparées. Ils deviennent des variables de pilotage communes.

IA, ESG et culture d’entreprise : trois sujets, un même fil conducteur

À première vue, l’intelligence artificielle, l’ESG et la culture d’entreprise relèvent de sphères distinctes. Pourtant, en 2026, ces trois dimensions convergent autour d’un même enjeu : la capacité des organisations à piloter le risque à long terme. L’IA transforme les opérations, l’ESG restructure la chaîne de valeur, et la culture conditionne l’acceptabilité et l’efficacité des dispositifs mis en place. Leur point commun : la gouvernance par les données et la crédibilité.

L’intelligence artificielle reconfigure les processus métiers, redistribue les tâches et redéfinit les responsabilités. Pierre Berlioz le rappelle :
« L’IA redistribue profondément les tâches et modifie les compétences attendues au sein des entreprises. »

Cette transformation technique devient immédiatement sociale.

C’est précisément ce que souligne Sarah Jo Loveday, DRH et conférencière,  lorsqu’elle observe :
« L’incivilité demeure la plus grande catégorie de risque. »

L’IA accélère, l’ESG restructure, mais la culture détermine la capacité d’absorption du changement.

Farah Zaoui, conseillère en éthique et probité, l’exprime clairement :
« Le dispositif d’alerte devient un véritable levier de gouvernance. »

Et elle va plus loin :
« Une entreprise sans alerte ne sera plus perçue comme exemplaire. »

Cette affirmation résonne avec l’analyse ESG de Vera Hermes :
« Finis les discours sur la durabilité ; la preuve de la durabilité est obligatoire. »

La preuve, la traçabilité, la donnée : qu’il s’agisse d’IA, d’ESG ou d’alerte, la logique est la même.

La réponse réglementaire : encadrer sans figer

Face à cette complexité croissante, la régulation cherche à structurer l’innovation sans l’étouffer. Mais l’accélération des textes européens et nationaux, combinée aux révisions successives des cadres existants, crée un paradoxe : les entreprises doivent se conformer dans un contexte encore mouvant. La loi devient à la fois un garde-fou et un facteur d’instabilité transitoire.

Sur le terrain législatif, la complexité s’intensifie.

Pierre Berlioz alerte :
« Les opérateurs doivent initier leur mise en conformité dans un cadre encore incomplet. »

Les Digital Omnibus Acts, la transposition de NIS2 et DORA, la réforme potentielle du Data Act : les entreprises doivent avancer sans visibilité totale.

Clara Ripault insiste sur l’ampleur du mouvement :
« Même une entreprise n’ayant pas d’activité informatique peut être concernée par l’AI Act. »

Le risque devient diffus. L’exposition devient généralisée.

Dans le même temps, Vera Hermes rappelle que l’allègement européen ne signifie pas disparition du risque :
« La pression économique et publique pour prouver la durabilité de manière fiable et transparente augmente. »

La régulation ralentit parfois, mais l’exigence de marché se complexifie. 

Les analyses de Sarah Jo Loveday montrent que, malgré des cadres juridiques existants, la confiance reste fragile. La loi fixe des obligations, mais leur efficacité dépend de leur traduction opérationnelle : canaux d’alerte crédibles, prévention des représailles, rapidité de traitement et transparence.

Culture et crédibilité : le véritable baromètre 2026

Si les risques numériques et ESG sont largement documentés, le facteur culturel demeure souvent sous-estimé. Pourtant, la capacité d’une organisation à absorber les transformations, à traiter les alertes et à maintenir la confiance interne constitue le socle de toute stratégie de conformité efficace. En 2026, la résilience ne sera pas uniquement technique ou juridique, elle sera profondément humaine.

Si un point de convergence se détache nettement, c’est celui de la confiance.

Sarah Jo Loveday observe que les menaces imminentes sont confirmées dans une proportion alarmante :
« Les cas de menaces imminentes sont des indicateurs d’une rupture culturelle. »

La conformité ne peut donc plus se limiter à la documentation des processus.

Farah Zaoui résume cette mutation profonde :
« La conformité ne sera plus seulement ce qu’une organisation doit faire, mais ce qu’elle doit être. »

Et dans un contexte où l’ESG devient levier stratégique, Vera Hermes rappelle un principe simple mais structurant :
« Ce qui ne se mesure pas ne se dirige pas. »

Cette citation pourrait s’appliquer à l’IA, à l’ESG comme aux dispositifs d’alerte. 

2026 : la fin des silos

L’année 2026 marque une rupture méthodologique plus qu’une rupture thématique. Les risques ne s’additionnent plus : ils interagissent. Les experts convergent vers un constat commun : seule une approche intégrée, numérique, durable et culturelle, permettra aux organisations de transformer l’instabilité en avantage compétitif.

Ce Top 5 révèle une convergence claire entre les experts :

  • Le numérique crée une dépendance systémique
  • L’ESG impose une gouvernance par la donnée
  • L’alerte devient un indicateur de maturité
  • La culture conditionne l’efficacité de tous les dispositifs

Pierre Berlioz parle d’« ordre numérique en formation ». Clara Ripault d’une « nouvelle conformité hybride ». Vera Hermes d’un « facteur de compétitivité tangible ». Farah Zaoui d’une « conformité incarnée ». Sarah Jo Loveday d’un « stress culturel révélateur ».

Ces analyses ne se contredisent pas. Elles se renforcent.

En 2026, les risques ne sont plus sectoriels. Ils sont systémiques.

Et la question centrale n’est plus seulement : sommes-nous conformes ?

Mais bien : sommes-nous résilients, crédibles et alignés ?