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Des signaux qui révèlent une érosion de la culture d’entreprise

La bonne santé d’une culture d’entreprise se mesure souvent à la manière dont les employés choisissent de soulever des préoccupations et à la confiance qu’ils accordent à leur organisation pour ce faire. Le Rapport d’analyse comparative 2025 sur le lancement d’alerte et la gestion des incidents de NAVEX, ainsi que la version française, confirment que les signalements liés à l’incivilité en milieu de travail représentent une part majeure des rapports mondiaux. Parallèlement, les signalements de menaces imminentes à l’encontre d’une personne, d’un animal ou d’un bien ont augmenté, soulignant une hausse des tensions au sein des organisations.

À l’approche de 2026, les responsables français de la conformité et des RH font face à une question urgente : comment garantir que les employés se sentent en sécurité pour signaler les fautes sans craindre de représailles, tout en traitant les facteurs de stress culturel qui alimentent ces préoccupations.

La montée globale des préoccupations liées à l’Incivilité

L’incivilité en milieu de travail englobe des comportements tels que le manque de respect chronique, l’intimidation sans implications de classe protégée ou des schémas de conduite rabaissante qui minent la dynamique d’équipe. À l’échelle mondiale, elle demeure la plus grande catégorie de risque. Le rapport 2025 de NAVEX montre qu’elle représentait 17,7 % de tous les signalements en 2024, contre 15,8 % en 2021.

Au niveau régional, le tableau est encore plus éloquent : l’Europe, l’APAC et l’Amérique du Sud ont toutes enregistré une croissance. Les signalements d’origine européenne sont passés de 8,98 % en 2023 à 10,07 % en 2024. Ce changement indique que les employés de ces régions considèrent désormais la civilité et le respect comme des questions d’éthique et de conformité, et non plus seulement comme des différends interpersonnels.

Quid de la France ?

La France offre un exemple instructif de la manière dont la maturité des programmes et l’exposition aux risques façonnent les défis de la conformité. Les données NAVEX sur les risques et la conformité en France montrent que les organisations françaises sont plus avancées dans la maturité des programmes que leurs homologues européens. 30 % se trouvent dans la catégorie « Optimisation », contre 25 % en Europe et dans le monde. Seuls 5 % sont considérés comme « Sous-développés », un chiffre légèrement inférieur aux moyennes européennes et mondiales.

Cette maturité n’implique pas de risques moindres. Les organisations françaises signalent une exposition importante aux violations de la confidentialité des données et de la cybersécurité (29 %) et des difficultés à respecter les obligations réglementaires (25 %). Les défaillances éthiques ou de conformité des tiers sont citées à 21 %. Ces chiffres illustrent l’importance des pressions réglementaires et technologiques dans le contexte français.

Dans le même temps, la France connaît des niveaux plus faibles de litiges d’employés confirmés (12 %) et de dommages à la réputation dus à l’inconduite de la direction (14 %) que la moyenne européenne (18 %). En ce sens, la France constitue un paradoxe. Les structures et les systèmes sont solides et le risque de litige est quelque peu réduit, mais les pressions liées à la confidentialité, à la réglementation et au risque tiers restent aiguës.

Une autre dimension du cas français concerne les lignes d’alerte et la détection des représailles. Seules 46 % des organisations françaises déclarent disposer d’une ligne d’alerte ou d’un canal de signalement interne, un chiffre cohérent avec l’Europe (45 %) mais bien inférieur au niveau mondial (53 %). Les processus de détection des représailles sont également limités. Seulement 26 % des organisations françaises déclarent disposer de tels mécanismes, contre 28 % en Europe et 29 % dans le monde. Le manque de surveillance des représailles compromet la confiance culturelle, même dans les environnements où la maturité des programmes semble élevée.

Les conseils d’administration français affichent un engagement un peu plus marqué que leurs homologues. 39 % des répondants français affirment que leur conseil d’administration est très engagé dans le programme de conformité, contre 32 % en Europe et 33 % dans le monde. 32 % ont déclaré que leurs conseils supervisaient directement l’identification et la gestion des risques, ce qui correspond aux moyennes mondiales. La plupart des organisations françaises centralisent également les enquêtes de conformité, 69 % signalant une structure centralisée, un taux presque identique au taux mondial de 67 %.

Two men stand in a modern office with plants and computers, looking at a tablet together. One man holds the tablet while the other watches attentively.

Pourquoi la civilité compte plus que l’on en pense

Les problèmes de conduite en milieu de travail, y compris la civilité, le harcèlement, la discrimination et les représailles, dominent le signalement mondial. Le rapport 2025 de NAVEX montre que plus de la moitié de tous les cas dans le monde en 2024 concernaient la conduite en milieu de travail. En Europe, le chiffre médian était de 57,9 %.

Ces problèmes agissent comme des systèmes d’alerte précoce pour le déclin culturel. S’ils ne sont pas traités, ils peuvent dégénérer en cas formel. Non contrôlés, ils créent également les conditions propices aux signalements de menaces imminentes, qui sont désormais en augmentation dans le monde entier.

Les taux de confirmation fournissent des informations supplémentaires. En Europe, les entreprises privées ont confirmé 50 % des signalements, contre 45 % dans les entreprises publiques. Le message est clair : lorsque les organisations prennent la conduite en milieu de travail suffisamment au sérieux pour enquêter correctement, elles trouvent constamment des problèmes.

Le paradoxe des représailles

Si l’incivilité marque les premiers signes de stress, les signalements de représailles constituent la faille. Les cas de représailles représentent une part relativement faible des signalements globaux, mais comportent un risque démesuré. Le taux médian de signalement des représailles est passé de 2,43 % en 2021 à 3,08 % en 2024.

Ils sont également le type de risque le moins confirmé à l’échelle mondiale, à seulement 18 % en 2024. Cependant, en Europe, la confirmation a atteint 32 %, soit près du double du taux nord-américain.

Les signalements anonymes approfondissent le tableau. En Europe, 65 % des signalements effectués via le siège étaient anonymes, contre 51 % par origine. Cet écart reflète une prudence culturelle. Les employés craignent d’être identifiés et comptent sur l’anonymat lorsque la confiance dans l’absence de représailles est faible.

Les données sur le délai de clôture des cas ajoutent une autre dimension à cette préoccupation. Le temps médian de clôture des cas de représailles dans le monde est passé de 28 jours en 2023 à 32 jours en 2024.

Pour les leaders de la conformité, le défi est non seulement de prévenir les représailles réelles, mais aussi de s’attaquer à la peur des représailles. Les deux conséquences, réelles et imaginaires, sont importantes. Pour les jeunes générations à l’aube de 2026, cet écart sera encore plus marqué. La Génération Z s’attend à de la transparence, de la responsabilité et de l’authenticité. Si les organisations ne peuvent pas montrer de manière convaincante que les représailles sont rares et traitées rapidement, les jeunes travailleurs risquent de rester silencieux ou de quitter l’organisation.

La sombre réalité des signalements de menaces imminentes

Le signal le plus frappant du stress en milieu de travail, selon les données mondiales de NAVEX, est l’augmentation des signalements de menaces imminentes envers une personne, un animal ou un bien. Ces cas sont passés de 1,29 % de tous les rapports en 2023 à 1,53 % en 2024 et ont été confirmés dans 90 % des cas.

Un taux de confirmation aussi élevé démontre que les employés ne soulèvent ces préoccupations que lorsqu’il existe un danger réel. Cela suggère que le stress croissant, les problèmes de civilité non résolus et les conflits non gérés dégénèrent à tel point que les employés craignent un préjudice physique ou psychologique.

Les menaces imminentes ne sont donc pas seulement des incidents de sécurité. Ce sont des indicateurs d’une rupture culturelle. En France, où le bien-être au travail est de plus en plus reconnu comme une obligation légale et culturelle, les menaces imminentes devraient être perçues comme une alarme de sécurité et un signal d’avertissement culturel.

A young woman with long dark hair stands by a blue-lit wall at night, looking at her smartphone and smiling slightly. She is wearing a black leather jacket and a white turtleneck.

La France dans le contexte culturel élargi

La France illustre comment des infrastructures de conformité avancées peuvent coexister avec des défis culturels majeurs. Le pays est en tête de l’Europe en matière de maturité des programmes (près d’une organisation sur trois optimise ses systèmes). Dans le même temps, le profil de risque français révèle une forte exposition aux défaillances de cybersécurité, réglementaires et de tiers. L’adoption des lignes d’alerte et la détection des représailles restent limitées, ce qui soulève des questions quant à la confiance des employés. Sans une adoption plus large de canaux de signalement sécurisés et d’outils de surveillance, la maturité risque de devenir plus procédurale que culturelle.

Comment la conformité peut montrer la voie en France en 2026

Les leaders français de la conformité ont une occasion unique de transformer ces signaux d’avertissement en réformes proactives. Les priorités clés comprennent :

  • Élever la civilité au rang de priorité stratégique de la conformité : Traiter l’incivilité en milieu de travail comme un problème de première ligne. Former les gestionnaires au fait que le comportement irrespectueux est un risque de conformité qui érode la sécurité psychologique nécessaire. Suivre les rapports par département, enquêter de manière cohérente et utiliser les conclusions pour éclairer les plans d’action.
  • Renforcer les protections anti-représailles : Rendre les politiques visibles, les appliquer de manière cohérente et communiquer les résultats. Chaque cas traité ouvertement renforce la confiance. La transparence est essentielle.
  • Instaurer la confiance dans les canaux anonymes : Reconnaître que les employés français comptent fortement sur l’anonymat. Traiter les rapports anonymes avec sérieux, assurer le suivi et utiliser des processus conformes à la CNIL pour protéger la confidentialité.
  • Prioriser la résolution en temps opportun : Clore les cas plus rapidement. En 2024, le temps médian de traitement des cas dans le monde était de 21 jours, mais en Europe, il s’étirait à 49 jours. Des retards importants érodent la crédibilité.
  • Traiter les menaces imminentes comme des signaux culturels : Coordonner les équipes de réponse rapide (Conformité, RH, Sécurité et Santé/Sécurité). Utiliser les rapports de menaces imminentes non seulement comme des urgences, mais comme des indicateurs de tensions profondes non résolues.

Prévisions 2026

À l’approche de 2026, les données de signalement au travail montrent des cultures sous forte contrainte. L’incivilité augmente dans le monde. Les menaces imminentes s’accentuent. Les représailles restent un obstacle réel et perçu à la confiance.

La France est un cas d’étude frappant. La maturité des programmes est supérieure aux moyennes européennes et mondiales, mais l’adoption de lignes d’alerte et la détection des représailles demeurent limitées. Ces contrastes soulignent que la maturité sur papier n’est pas synonyme de résilience en pratique.

Pour les leaders de la conformité, le message est clair. La maturité structurelle doit être associée à la profondeur culturelle. Les organisations qui mettront en place des canaux de signalement robustes, traiteront directement les représailles, engageront les conseils d’administration de manière significative et agiront rapidement face à l’incivilité et aux menaces imminentes seront mieux préparées aux pressions de 2026. Celles qui ne le feront pas risquent d’entrer dans la nouvelle ère avec des systèmes solides, mais des cultures fragiles.

Si 2024 et 2025 représentent la « nouvelle normalité », 2026 pourrait être l’année où la volonté des employés de s’exprimer déterminera si les lieux de travail deviennent plus résilients ou plus fracturés.