
Des programmes matures à l’épreuve du terrain
En France, la conformité a changé de dimension. De la loi Sapin II au RGPD en passant par la protection des lanceurs d’alerte, la CSRD et l’AI Act, les évolutions réglementaires ont profondément transformé les pratiques.
Où en sont aujourd’hui les entreprises françaises ? Le Rapport NAVEX 2026 sur l’état des risques et de la conformité dresse un état des lieux à partir des réponses de professionnels en France et dans le reste du monde. Gouvernance, arbitrages entre éthique et impératifs commerciaux, prise de parole, intelligence artificielle : les résultats montrent des programmes plus matures, mais aussi des défis qui évoluent.
Les fondations sont en place. Désormais, c’est leur efficacité sur le terrain qui fait la différence.
La maturité est là
Trente pour cent des personnes interrogées en France considèrent avoir atteint le niveau de maturité le plus élevé. Un chiffre qui témoigne du chemin parcouru en matière de gouvernance, de politiques et procédures, de formation, de gestion des risques et de contrôles. Dans le même temps, 38 % déclarent n’avoir rencontré aucun problème de conformité au cours des deux dernières années.
Pour autant, maturité et résultats ne vont pas systématiquement de pair. L’étude montre que la capacité à réduire les risques dépend aussi de la manière dont la conformité s’inscrit dans la gouvernance. Le niveau de supervision exercé par le conseil d’administration fait notamment apparaître des différences marquées entre les structures qui ont rencontré plusieurs problèmes et celles qui n’en ont connu aucun.
Le rapport analyse ces écarts plus en détail et les pratiques associées aux meilleurs résultats.
Quand les principes se heurtent aux impératifs commerciaux
La maturité d’un dispositif de conformité se mesure aussi à sa capacité à guider les décisions lorsque les priorités entrent en concurrence. Or, seuls 34 % des répondants français estiment que leurs cadres dirigeants maintiennent leur engagement en faveur de la conformité et de l’éthique face à des intérêts ou objectifs commerciaux concurrents.
Ce résultat met en évidence un enjeu de taille : faire en sorte que les engagements affichés continuent de peser dans les arbitrages, y compris lorsque la pression commerciale s’intensifie.
Le rapport montre également comment cette perception évolue selon les niveaux de responsabilité et ce qu’elle révèle de la culture éthique au quotidien.
Prise de parole : la confiance ne se décrète pas
La culture de conformité se mesure aussi à la liberté avec laquelle les employés peuvent faire part de leurs préoccupations. Or, 47 % des répondants français citent la crainte de répercussions sur leur carrière parmi les principaux freins à la prise de parole.
L’existence de canaux de signalement ne suffit donc pas à instaurer la confiance. La manière dont les préoccupations sont accueillies et traitées compte tout autant, et les managers jouent à ce titre un rôle essentiel. Souvent parmi les premiers interlocuteurs des employés, ils doivent savoir comment réagir et vers qui orienter un signalement.
Les entreprises françaises misent notamment sur la formation pour mieux les préparer à cette responsabilité, mais les données du rapport suggèrent que des progrès restent possibles pour inscrire durablement la prise de parole dans les pratiques managériales.
La réglementation continue de donner le tempo
À ces questions de culture et de gouvernance s’ajoute une pression plus familière aux équipes conformité : celle des lois et réglementations. Trente-sept pour cent des professionnels français disent avoir du mal à suivre le rythme des nouvelles exigences.
La difficulté tient moins à un texte en particulier qu’à leur accumulation et à leurs interactions. Protection des lanceurs d’alerte, données personnelles, ESG, cybersécurité, intelligence artificielle… Chaque évolution doit être comprise, puis répercutée dans les politiques, les contrôles, les formations et parfois jusque dans les processus opérationnels.
La conformité devient ainsi un exercice de coordination permanent. Juridique, RH, finance, opérations et équipes conformité doivent avancer ensemble dans un environnement où les obligations évoluent rapidement et se recoupent de plus en plus.
L’IA change déjà la donne
L’intelligence artificielle prend également une place croissante dans la compliance. Quatre-vingt-trois pour cent des personnes interrogées en France indiquent que leur organisation implique déjà l’équipe conformité dans les décisions relatives à l’IA.
Son utilisation progresse aussi au sein de la fonction elle-même, notamment pour la formation, l’évaluation des risques liés aux tiers, la gestion des politiques ou l’analyse des données.
Mais les résultats du rapport nuancent l’idée selon laquelle une adoption plus poussée de l’IA se traduirait nécessairement par de meilleurs résultats. Certains écarts observés entre les entreprises sont même surprenants et rappellent que la technologie ne peut, à elle seule, renforcer l’efficacité d’un dispositif.
À mesure que les usages se développent, l’enjeu sera donc de tirer parti de l’IA tout en conservant un cadre clair, des contrôles adaptés et une supervision humaine.
Le prochain cap de la conformité en France
Le Rapport NAVEX 2026 sur l’état des risques et de la conformité en France dessine ainsi un paysage assez différent de celui d’il y a quelques années.
Le sujet n’est plus seulement de disposer des bonnes politiques, des bons contrôles ou des bonnes formations. C’est dans la pratique que leur efficacité se mesure, lorsque les impératifs commerciaux mettent les principes éthiques à l’épreuve, qu’un collaborateur hésite à prendre la parole, que la réglementation évolue ou que de nouvelles technologies transforment les façons de travailler.
C’est dans cet écart entre ce qui est prévu et ce qui se passe réellement que se joue désormais une grande partie de l’efficacité des programmes.
Le rapport complet analyse ces écarts, met en perspective les résultats français et permet de comparer les pratiques selon les organisations.
État des risques et de la conformité en France 2026
Découvrez comment la France se positionne sur les grands indicateurs de risques et de conformité, de la culture d’entreprise à la gouvernance, en passant par le leadership, la prise de parole et la …


