Skip to content.
Two men walk side by side in a modern building with large windows and plants, engaged in conversation. Both wear lanyards, and sunlight streams through the wooden slats behind them.

Cet article provient de l’édition 2026 du Top 5 des tendances de Risque et Conformité en France.

Les critères ESG, environnement, social et gouvernance, pour une action entrepreneuriale responsable, étaient autrefois un simple élément à cocher pour les rapports de durabilité, les départements RSE et les conseils d’administration engagés. Avec l’émergence d’exigences légales ambitieuses dans l’UE et en France, ces demandes ont été perçues au sein des directions d’entreprise comme une obligation souvent bureaucratique.

En 2026, ces classifications sont dépassées : la gestion durable (écologique, sociale et entrepreneuriale) devient une variable de pilotage centrale en Europe pour positionner les entreprises de manière résiliente.

Certes, à première vue, l’évolution mondiale va dans une tout autre direction. Aux États-Unis, le thème de la durabilité n’a pratiquement plus de soutien politique ; la Conférence mondiale sur le climat des Nations Unies (COP30) à Belém, au Brésil, en novembre 2025, est restée en deçà des espoirs d’engagements concrets supplémentaires ; et au sein de l’UE, des directives de réglementation européenne sur la durabilité considérées comme acquises sont reportées, assouplies ou renégociées.

Ce va-et-vient exaspère les entreprises qui ont déjà investi beaucoup d’argent et de ressources pour répondre aux exigences des directives européennes annoncées. En même temps, ce revirement réglementaire crée une grande incertitude au sein de toutes les entreprises. Personne n’ose prédire quand, quelle réglementation, sous quelle forme et pour quelles entreprises entrera réellement en vigueur.

Le contrecoup réglementaire au sein de l’UE soulage d’abord les entreprises des obligations administratives. Cependant, la pression économique et publique pour prouver la durabilité de manière fiable et transparente augmente. Car une chose est incontestée : celui qui gère de manière durable économise des ressources et donc des coûts, minimise les risques, dispose de chaînes d’approvisionnement plus stables, obtient de meilleures conditions auprès des banques et des assureurs, et se positionne ainsi, globalement, de manière plus résiliente économiquement.

Bref : en 2026, la gestion durable devient un facteur de compétitivité tangible, même si elle n’est peut-être pas exigée politiquement.

Le pacte vert de l’Europe perd temporairement de la vitesse

Avec un paquet de mesures d’allègement initié en 2025, la procédure dite Omnibus, l’UE a étendu le délai et partiellement remanié des éléments centraux de la publication d’informations en matière de durabilité (CSRD) et des obligations de diligence en matière de chaîne d’approvisionnement (CSDDD).

Pour une grande partie des entreprises de taille moyenne, les obligations de reporting et de diligence sont reportées à la seconde moitié de la décennie, tandis que les très grandes entreprises restent soumises à des obligations plus précoces et plus complètes.

À l’heure actuelle, la discussion politique vise à concentrer davantage la CSRD sur les très grandes entreprises présentant des seuils de chiffre d’affaires et d’effectifs élevés. Les obligations de la chaîne d’approvisionnement doivent également viser principalement les très grandes entreprises. La configuration exacte continuera d’être précisée jusqu’en 2026 et pourrait évoluer en fonction de la situation politique.

Ainsi, l’UE s’éloigne de son ambition initiale d’intégrer immédiatement une large base d’entreprises dans un régime ESG très strict.

Mais : ce qui est reporté ou simplifié aujourd’hui peut revenir à l’ordre du jour politique dans quelques années, en fonction de la situation économique, des risques climatiques, des développements géopolitiques et de la pression sociétale. Pour les entreprises qui planifient à long terme, l’action durable devient donc moins un programme d’obligations juridiques qu’une précaution stratégique.

La France est cohérente au niveau national

La France joue un rôle particulier dans cette évolution. D’une part, Paris fait partie des forces motrices de l’assouplissement de la réglementation européenne en matière de durabilité. Le gouvernement met en garde contre les désavantages concurrentiels pour l’industrie et réclame davantage de retenue réglementaire. D’autre part, la France maintient, et même renforce, son niveau d’ambition ESG particulièrement élevé. Peu d’autres pays combinent aussi cohérentement la performance économique, la responsabilité sociale et la réglementation étatique.

Un instrument central est la Loi de vigilance de 2017. Elle oblige les grandes entreprises basées en France à effectuer des analyses de risques systématiques relatives aux questions environnementales, sociales et des droits de l’homme tout au long de la chaîne de valeur. Des mesures de prévention et de remédiation, un suivi fonctionnel ainsi que des mécanismes de plainte sont exigés.

À cela s’ajoute le Décret tertiaire, qui oblige les propriétaires et utilisateurs de grands bâtiments non résidentiels à réduire drastiquement leur consommation d’énergie : de 40 % d’ici 2030, de 50 % d’ici 2040 et de 60 % d’ici 2050. La consommation doit être déclarée sous forme numérique chaque année. La transition énergétique n’est donc pas seulement décidée politiquement, mais mise en œuvre opérationnellement. Sans collecte continue de données, technologie de bâtiment intelligente et analyses permanentes de la consommationaussi , les objectifs ambitieux ne sont pas atteignables.

Il en va de même pour la collecte obligatoire des émissions de gaz à effet de serre. Depuis la Loi Grenelle II, les grandes entreprises et certaines institutions publiques en France doivent comptabiliser leurs émissions directes et indirectes ; dans toute l’UE, les émissions de Scope 3 (tout au long de la chaîne de valeur, y compris les fournisseurs et l’utilisation des produits) seront probablement de plus en plus incluses.

La Loi Climat et Résilience, souvent appelée loi anti-greenwashing, est également particulièrement stricte. Toute personne faisant de la publicité en France avec des termes tels que « neutre en carbone » doit étayer ces déclarations par des analyses complètes du cycle de vie, des compensations transparentes et des données mises à jour annuellement. Les tribunaux ont récemment confirmé cette ligne avec une sévérité manifeste. Le litige très médiatisé concernant la communication climatique de TotalEnergies est désormais considéré en France comme un signe avant-coureur : un tribunal civil de Paris a condamné le groupe pétrolier en octobre 2025 pour des déclarations publicitaires trompeuses sur la neutralité carbone d’ici 2050 et sur son rôle d’acteur majeur de la transition énergétique ». Finis les discours sur la durabilité ; la preuve de la durabilité est obligatoire.

Une loi prévue contre l’Ultra-Fast-Fashion a également attiré l’attention internationale. Le projet prévoit une taxe environnementale progressive sur les produits de mode particulièrement éphémères, ainsi que des restrictions à la publicité, aux promotions et au marketing d’influence. Cela montre à quel point la France recourt à l’ESG comme instrument de pilotage de sa politique industrielle.

ESG & économie : un duo inséparable

Indépendamment de la mesure dans laquelle les entreprises sont touchées par les exigences légales, la gestion durable s’avère être un avantage concurrentiel, pour ces trois raisons :

  • Premièrement, la pression indirecte augmente. Les grandes entreprises, qui demeurent soumises à l’obligation de reporting, exigent de plus en plus de données ESG fiables de la part de leurs fournisseurs. C’est l’effet du « ruissellement » (Trickle-down-Effekt). Les entreprises qui ne peuvent pas fournir ces données risquent d’être exclues des chaînes d’approvisionnement
  • Deuxièmement, les voies nationales spéciales créent une dynamique supplémentaire. La France montre que des règles nationales plus strictes peuvent devenir une réalité plus rapidement que les compromis européens. Pour les entreprises opérant à l’international, il en résulte une mosaïque réglementaire qui est difficilement gérable avec une simple minimal-compliance
  • Troisièmement, les risques physiques du changement climatique persistent : les phénomènes météorologiques extrêmes, la pénurie d’eau, la dépendance aux matières premières et les tensions géopolitiques ne disparaîtront pas. Quiconque s’arme contre ces risques se positionne mieux dans la concurrence

Sans données valides, pas de direction intelligente

C’est à ce stade que les activités de durabilité doivent être mesurées avec précision. Comme l’a dit le penseur du management, Peter Drucker : « Ce qui ne se mesure pas ne se dirige pas. »

Les indicateurs ESG se développent en une composante importante de la gestion d’entreprise moderne et complètent les indicateurs financiers classiques en offrant une vue systématique des risques écologiques, sociaux et de gouvernance.

Il ne s’agit pas seulement d’obligations de reporting externes, mais aussi de transparence interne : où sont générées les plus grandes émissions ? Quels sont les fournisseurs stables ? Quels sont les plus instables ?

Ce n’est que lorsque ces questions peuvent être résolues par des données que se crée une véritable capacité de pilotage, et avec elle un véritable avantage concurrentiel, car :

Les chaînes d’approvisionnement deviennent plus prévisibles

Les entreprises qui comprennent leurs chaînes d’approvisionnement non seulement par le biais de contrats, mais aussi grâce aux données, réduisent considérablement le risque opérationnel. Seules celles qui disposent d’une transparence sur leurs fournisseurs peuvent identifier les besoins d’optimisation et les zones où les risques de violations des droits de l’homme, d’infractions environnementales ou d’instabilité politique sont accrus.

Créer de la transparence permet non seulement d’éviter les risques, mais aussi de bâtir des relations stables à long terme. Cela augmente, à son tour, la sécurité de l’approvisionnement, amortit les prix en période de crise et renforce la résilience de chaînes de valeur entières.

Le financement devient plus différencié

Les données de durabilité font déjà partie intégrante de l’évaluation moderne des menaces. Les banques et les compagnies d’assurance intègrent de manière croissante et systématique les risques climatiques physiques, de transition et de réputation. Ce n’est pas une question d’idéalisme, mais de logique des risques. Les entreprises dotées de trajectoires d’émissions transparentes, de chaînes d’approvisionnement résilientes et de systèmes de surveillance efficaces sont considérées comme plus prévisibles. Cela se traduit directement par de meilleures conditions de financement, des primes d’assurance plus basses et une plus grande attractivité pour les investisseurs potentiels.

L’efficacité énergétique et des ressources réduisent les coûts

Le Décret tertiaire illustre ce que de nombreuses entreprises ne réalisent que progressivement : l’efficacité énergétique n’est pas une question d’image, mais un facteur de coûts. Celles qui gèrent la consommation d’énergie en temps réel, plutôt que de produire un rapport annuel, peuvent réduire durablement les coûts d’exploitation et optimiser l’utilisation de l’énergie. Il en va de même pour les matières premières, l’eau, les emballages et les flux de déchets. Économiser les ressources permet d’économiser de l’argent. L’action écologique est rentable sur le plan économique et, là encore, il ne s’agit pas d’un « nice-to-have », mais d’un avantage concurrentiel clair.

La nouvelle compétence clé : piloter l’ESG en temps réel

Les entreprises qui comprennent l’ESG comme un système de pilotage dynamique peuvent réagir plus rapidement, identifier les risques plus tôt et mieux sécuriser leurs décisions.

Le pilotage via des modèles en temps réel permet, par exemple, de :

  • Rassembler automatiquement les données d’émissions (transport, achats, production)
  • Enregistrer les consommations d’énergie en continu via des compteurs intelligents
  • Vérifier les risques de la chaîne d’approvisionnement via des données externes et le monitoring média
  • Signaler automatiquement les écarts par rapport aux objectifs

La différence cruciale : l’ESG n’est plus rapporté rétroactivement, mais piloté de manière proactive. L’intelligence artificielle aide à reconnaître les modèles et à analyser de grands volumes de données. Cependant, la gouvernance reste plus décisive que la technologie : elle requiert des responsabilités claires, des sources de données fiables et des processus décisionnels traçables.

La France comme précurseur de la transformation

La France, en particulier, constitue un indicateur précoce de cette évolution. Les exigences nationales, une politique industrielle ambitieuse, la conversion énergétique et des règles de communication strictes obligent les entreprises à intégrer la durabilité à leur stratégie.

Simultanément, de nouveaux secteurs d’activité se développent autour de l’efficacité des bâtiments, de l’économie circulaire, de la logistique durable, des plateformes de données ESG et du financement de la transformation. Investir tôt dans ces domaines garantit l’accès à de nouveaux marchés en croissance.

Gestion durable en 2026 : moins d’obligation, plus de stratégie

Oui, l’UE ralentit certains grands projets ESG. Les obligations de reporting et de diligence sont partiellement reportées, simplifiées et renégociées. Cependant, cela n’implique pas que la gestion durable perde en importance.

Au contraire, les risques économiques réels du changement climatique, tels que les phénomènes météorologiques extrêmes, la pénurie de ressources et les tensions géopolitiques, vont subsister et pourraient même s’intensifier. La durabilité devient ainsi moins une question de normes juridiques minimales et plus une question de prévoyance entrepreneuriale.

Les années à venir vont dépolitiser les pratiques économiques durables. Dans le quotidien des entreprises, c’est déjà évident. Pour la plupart des organisations, le débat ne porte plus sur les principes moraux, mais sur les prix de l’énergie, les ruptures d’approvisionnement, les risques d’investissement, la responsabilité et les coûts de financement.

La France est l’un des environnements les plus exigeants pour les entreprises. Celles qui y réussissent, grâce à des données robustes, une gouvernance saine, une communication transparente et des chaînes d’approvisionnement résilientes, seront bien équipées pour la concurrence mondiale.